Histoire, territoires et mémoire de l’Ardèche
Radio France vous propose de revenir sur une période singulière de l’histoire contemporaine de l’Ardèche avec la série documentaire radiophonique L’Ardèche, le temps des communautés, diffusée dans l’émission Une histoire particulière.
En deux épisodes d’environ 29 minutes, le documentaire de Domitille Piron et François Teste raconte l’arrivée de jeunes urbains venus chercher dans les campagnes ardéchoises une autre manière de vivre, puis la trajectoire beaucoup plus sombre de la communauté de Rochebesse et de Pierre Conty.
Quand l’Ardèche devient une terre d’expérimentation
Le premier épisode, L’utopie néo-rurale, s’intéresse au retour à la terre. Dans une Ardèche alors marquée par l’exode rural, la déprise agricole et l’abandon de nombreux hameaux, des jeunes venus notamment des grandes villes s’installent dans des maisons et des exploitations délaissées. Ils remettent en question le travail, la famille, l’éducation, l’alimentation ou encore le rapport à l’argent.
Le documentaire restitue ainsi un phénomène qui dépasse largement l’image folklorique des hippies. L’historienne Catherine Rouvière*, qui a consacré une importante étude au sujet, montre que la néo-ruralité ardéchoise fut un phénomène beaucoup plus diversifié et durable, avec plusieurs vagues d’installation et des motivations qui évoluent au fil des décennies. Elle considère l’Ardèche comme un véritable laboratoire du retour à la terre et souligne ses effets sur l’agriculture, les villages et les relations entre anciens et nouveaux habitants.
Rochebesse, de l’utopie au fait divers
Le second épisode change de registre avec Pierre Conty et la communauté de Rochebesse, sur la commune de Chanéac. Installée à la fin des années 1960, cette communauté agricole devient progressivement un lieu de tensions avec le voisinage, sur fond de questions foncières, de pratiques agricoles et de rapport différent au territoire. Des archives de l’époque montrent que le conflit autour des terres était déjà bien installé avant le drame de 1977*.
Le 24 août 1977, le braquage du Crédit agricole de Villefort, en Lozère, puis la fuite de ses auteurs font basculer définitivement cette histoire. France Culture revient sur l’affaire Conty, qui marque durablement la mémoire locale et associe désormais, dans l’imaginaire collectif, l’histoire des communautés ardéchoises à un fait divers criminel.
Une histoire qui raconte aussi la transformation de l’Ardèche
L’intérêt de cette série réside finalement moins dans le seul phénomène hippie que dans ce qu’il révèle d’un territoire en mutation. L’arrivée de ces nouveaux habitants intervient à un moment où des hameaux se vident, où les terres agricoles sont abandonnées et où les sociétés rurales traditionnelles sont confrontées à de nouveaux modes de vie.
La série de France Culture constitue donc une intéressante porte d’entrée vers une histoire plus vaste : celle de la transformation sociale et géographique de l’Ardèche à partir des années 1960. Elle rappelle aussi que le « retour à la terre » ne fut ni homogène ni uniquement conflictuel. Les recherches de Catherine Rouvière* montrent parallèlement les processus d’intégration, les coopérations et, à plus long terme, la contribution des néo-ruraux à la revitalisation de certains territoires.
À écouter comme un document d’histoire locale autant que comme le récit d’une époque où l’Ardèche, alors rurale et en partie désertifiée, est devenue pour quelques milliers de personnes un terrain d’expérimentation sociale.
Deux épisodes originellement diffusés les 14 et 15 avril 2018. Écouter la série sur France Culture :

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